
L’adoption en septembre d’un code de l’énergie pour la Colombie-Britannique ne révolutionnera pas le monde de l’isolation thermique puisque la plupart des pratiques d’excellence sont déjà conformes aux exigences du nouveau code. Mais, d’après un ingénieur, cela ne veut pas dire que les entrepreneurs ne doivent pas réévaluer leurs méthodes de travail.
« Selon moi, les codes de l’énergie devraient se resserrer considérablement en 2010 ou en 2011 », explique Blair McCarry, ingénieur de projet chez Stantec Consulting Inc. Les normes ÉnerGuide 80 pour les résidences et la version de 2010 de la norme ASHRAE 90.1 exigeront une consommation de 30 % inférieure à celle du modèle de l’actuel code de l’énergie.
Ceci pourrait signifi er qu’il faille abandonner le modèle standard des systèmes air-air pour le refroidissement et le chauffage des immeubles commerciaux en faveur de systèmes à circulation d’eau semblables à ceux qui sont habituellement prescrits en Europe. « Ceci pourrait en effet signifier davantage de tuyaux et, par conséquent, davantage d’isolation à tuyau », précise-t-il.
Entre-temps, affirme M. McCarry, les entrepreneurs qui réalisent des installations bon marché pourraient bien devoir faire face à une charge de travail plus lourde avec l’adoption du nouveau code en septembre. Pour les autres, respecter les exigences du nouveau code ne devrait pas poser de problème particulier.
« Avec l’adoption d’un nouveau code de l’énergie pour la Colombie-Britannique, les représentants (du code) ne voulaient pas faire trop de vagues. Les entrepreneurs, ingénieurs, architectes et représentants du code disposeront de quelques années pour s’adapter aux nouvelles exigences et aux nouvelles méthodes. »
Il ajoute que ce changement pourrait diminuer la charge de travail de certains entrepreneurs parce que les architectes, ingénieurs et concepteurs examinent d’autres façons de diminuer les besoins énergétiques (par la réduction, par exemple, de la dimension des fenêtres) si bien que les sytèmes tout air seront plus petits. Par ailleurs, si les systèmes de refroidissement et de chauffage par circulation d’eau sont appelés à être de plus en plus utilisés, il sera possible de créer des systèmes de zone qui exigeront seulement des ventilo-convecteurs pour déplacer l’air plutôt que de gros conduits d’air d’un système central. « La tôle va peut-être diminuer, mais l’isolation va augmenter. Et s’il faut installer davantage de conduites d’eau, il faudra installer davantage d’isolant. »
M. McCarry est l’ingénieur de projet responsable chez Stantec de certains chantiers prestigieux comme le nouveau centre des congrès et le stade olympique de Vancouver.
Le nouveau code s’inspire de la norme ASHRAE 90.1 implantée en 2004.
Il n’aura donc pas de répercussions sur les entrepreneurs à Vancouver et en Ontario puisque, dans ces deux cas, les instances ont adopté des politiques énergétiques conformes à la norme ASHRAE. Dans d’autres régions et municipalités de Colombie-Britannique et du Canada, cependant, il n’existe pas de règlement ou de code équivalent, fait remarquer M. McCarry. « Dans ces marchés, on pouvait s’en tirer en posant de l’isolant sur un conduit, mais, maintenant, les conduits seront de différentes tailles et il faudra poser des épaisseurs d’isolant très précises en fonction des températures de fonctionnement voulues. » Le code exigera aussi de l’isolant pour les conduites d’amenée d’air des climatiseurs.
Jusqu’à maintenant, c’était le marché qui dictait les normes d’isolation, et différentes quantités d’isolant étaient employées pour des projets commerciaux selon les zones climatiques, selon Andrew Pape-Salmon, directeur intérimaire, du Rendement énergétique, à la Division de la production électrique et des énergies nouvelles du gouvernement de Colombie-Britannique. Les entrepreneurs qui, par le passé, respectaient tout juste les exigences minimales, ou qui ne les respectaient pas du tout, pourraient devoir former leur personnel rapidement parce que tous les permis de construction émis après le 5 septembre 2008 exigeront la conformité au nouveau code. L’association ASHRAE propose de la formation sur les normes du nouveau code ; l’association des représentants du bâtiment de Colombie-Britannique en offre aussi.
« Il est logique que nous suivions les normes ASHRAE parce qu’elles sont régulièrement mises à jour (tous les trois ans), » dit-il. Par ailleurs, le gouvernement de Colombie-Britannique appuie le choix du Code modèle national de l’énergie pour les bâtiments parce qu’il tient compte des conditions du climat canadien. Il sera en vigueur en 2012.
M. McCarry recommande de vérifier d’ici là le site Internet de l’association ASHRAE (www.ashrae.org) ; ce site propose des fichiers gratuits à télécharger de plusieurs guides de conception énergétique pour les bureaux, écoles et entrepôts de petites dimensions. Les guides comprennent des tableaux de différentes zones climatiques et examinent des moyens de réaliser des réductions de la consommation d’énergie de 30 % par rapport aux normes du code de 2004. Les prochains guides de conception présenteront des données sur des réductions de 50 % de la consommation d’énergie et, trois ans plus tard, ils comporteront des données sur des réductions de 77 % de la consommation d’énergie.
Selon M. McCarry, les entrepreneurs qui ne prennent pas au sérieux ces obligations de réduction risquent de mauvaises surprises. La norme ASHRAE 90.1 est obligatoire en Ontario ; de plus, le Québec, le Manitoba et la Nouvelle-Écosse envisagent la possibilité d’adopter des codes de l’énergie. L’Alberta s’oppose toujours fermement à des réductions énergétiques obligatoires.
Il indique que les États-Unis devancent déjà le Canada à ce chapitre. En effet, quelque 40 états et de nombreuses municipalités ont adopté la norme ASHRAE 90.1, ou une variante de la norme, dans des codes de l’énergie. C’est la ville de New York qui a adopté la norme la plus élevée. Son ambitieux programme PLANYC 2030 comporte des initiatives écologiques, notamment l’obligation de rénover en dix ans les systèmes énergétiques de tous les immeubles de plus de 50 000 pieds carrés. Dans le cadre de ce programme, des subventions seront versées pendant sept ans selon une formule régressive annuelle pour les travaux de rénovation terminés. « Il s’agit d’une mesure très progressive même au regard des normes internationales. »
Si les gouvernements fédéraux canadien et américain n’ont pas fait grand chose pour relever les normes des codes de l’énergie, M. McCarry croit qu’ils n’auront pas d’autre choix que de suivre le courant. « Les compagnies et sociétés obligent les promoteurs à construire des bâtiments plus écologiques. C’est le marché qui change radicalement. »
La grande inquiétude pour les années à venir, c’est la pénurie de travailleurs spécialisés. « Nous devons trouver moyen de construire de façon efficace et économique avec des effectifs moins nombreux. »