
Si jamais un domaine a eu besoin de se refaire une image, c’est bien celui de la réduction des matières dangereuses. La main-d’oeuvre active dans ce secteur se compose surtout d’ouvriers en transition, dont beaucoup s’en servent comme d’un tremplin vers d’autres « vrais » métiers : plombier, électricien et même jointoyeur.
Mais ce secteur pourrait bientôt prendre du galon en Ontario ; en effet, des intervenants de la province tentent de mettre sur pied un programme d’apprentissage en réduction des matières dangereuses, accrédité par le gouvernement, ce qui serait une première au Canada et probablement aux États-Unis aussi.
Des observateurs laissent entendre que le moment choisi pour le lancement du programme, initiative de l’Association des entrepreneurs en systèmes d’intérieur (AESI) de l’Ontario, ne pouvait être meilleur. Au cours des dernières années, le gouvernement provincial a adopté des règlements stricts sur la manipulation et la réduction des matières dangereuses, et veille à ce qu’ils soient appliqués.
Les chefs de l’industrie appuient le programme d’apprentissage parce qu’il confèrera au domaine la crédibilité qui lui fait tellement défaut. « Nous avons beaucoup de mal à retenir notre main-d’oeuvre », explique un des organisateurs du programme, Ted Barron, président de I&I Construction Services Inc., entrepreneur de Toronto spécialisé dans la protection de l’environnement et la réduction des matières dangereuses. M. Barron siège au comité technique de l’AESI et au conseil d’administration du Environmental Abatement Council of Ontario (EACO), une des trois associations qui assurent la promotion du programme d’apprentissage.
Le programme comprendra l’amiante, les moisissures, le plomb, les produits chimiques et d’autres matières dangereuses. La formation sera dispensée dans les nouvelles installations de l’AESI, d’une superficie de 30 000 pieds carrés, situées dans la banlieue de Toronto. Les installations ont été construites par des travailleurs du domaine et des mécaniciens de l’EIFS. En plus de l’EACO, l’Ontario Association of Demolition Contractors (OADC) et la Master Insulators Association (MIA) de l’Ontario sont des intervenants clés du programme d’apprentissage. Selon Craig Moore, directeur général de l’OADC, huit travailleurs sur dix dans la réduction de l’amiante considèrent leur travail dans ce secteur comme temporaire. Le programme d’apprentissage pourrait enfin stabiliser la main-d’oeuvre.
Les intervenants souhaiteraient que le programme soit lancé dès cet automne, mais il est plus réaliste de penser qu’il sera prêt pour le printemps 2010, période qui coïncide avec l’échéance des conventions collectives. Si les trois grandes associations ont toujours fait appel au même vivier de maind’oeuvre, elles sont liées à trois syndicats différents, ce qui complique le passage des travailleurs d’un syndicat à l’autre. Les trois syndicats, cependant, travaillent à une entente de réciprocité pour éviter que les travailleurs ne perdent leurs avantages. « Cette mesure nous aiderait à nous assurer d’un bon approvisionnement en main-d’oeuvre », précise M. Barron.
Jusqu’à maintenant, la section locale 506 de la Laborer’s International et la section locale 1891 de l’International Union of Painters & Allied Trades ont négocié des modalités normatives. La section locale 95 de l’International of Heat & Frost Insulators Asbestos Workers [Association internationale des poseurs d’isolant et des travailleurs de l’amiante] devrait bientôt emboîter le pas. « Je ne crois pas qu’il y ait ailleurs en Amérique du Nord trois syndicats qui coopèrent pour mettre en commun ce vivier d’ouvriers spécialisés », indique M. Barron. « C’est un énorme progrès pour nous. »
Entretemps, le ministère de la Formation, des collèges et universités (MFCU) a créé un comité directeur réunissant des intervenants chargés d’établir la base du programme. Un sous-comité sera formé pour mettre la dernière main au programme qui, pour répondre aux normes provinciales en matière d’apprentissage, comptera 3 600 heures réparties en formation magistrale en classe et en formation pratique sur le tas.
Les conditions d’admission au programme ne sont pas encore déterminées, mais M. Moore croit qu’une dixième année (3e année du secondaire) devrait constituer la norme, plutôt qu’une douzième année (5e année du secondaire) parce que beaucoup de travailleurs en démolition ne détiennent pas de diplôme d’études secondaires. Si les conditions d’admission sont trop élevées, beaucoup d’ouvriers choisiront d’autres emplois. « Si vous aviez une douzième année, ne préféreriezvous pas devenir électricien, plombier, monteur-réparateur de conduites de vapeur ou monteur-ajusteur plutôt que de travailler dans l’amiante ? »